Un œil qui coule sans raison apparente, en dehors de toute émotion ou de tout rhume : c’est ce qu’on appelle le larmoiement chronique, ou épiphora. Loin d’être anodin, ce symptôme fréquent mérite une consultation ophtalmologique, car ses causes — et donc ses traitements — sont très variées. Le Dr Vincent Qin, ophtalmologue à Bruxelles et à Namur, fait le point.
Deux mécanismes bien différents
Contrairement à l’idée reçue, un larmoiement chronique ne signifie pas forcément que l’œil produit trop de larmes. On distingue en réalité deux grands mécanismes :
- L’hypersécrétion : l’œil produit réellement plus de larmes que la normale, en réaction à une irritation (poussière, vent, lumière, allergie, infection, corps étranger).
- L’épiphora obstructif : la production de larmes est normale, mais leur évacuation vers le nez, via les voies lacrymales, est perturbée. Les larmes débordent alors sur la joue au lieu de s’écouler normalement.
Cette distinction est essentielle, car elle oriente complètement la prise en charge.
Le paradoxe méconnu : quand trop de larmes cache un œil sec
Voici l’un des aspects les plus mal compris du larmoiement chronique : un œil qui pleure en permanence peut en réalité être un œil sec. Face à une sécheresse oculaire, l’œil déclenche un réflexe de défense et produit un surplus de larmes aqueuses, peu qualitatives, pour tenter de compenser. Résultat : un larmoiement abondant qui masque le vrai problème sous-jacent.
C’est pourquoi un bilan ophtalmologique complet est indispensable avant tout traitement : traiter une sécheresse oculaire mal identifiée comme un simple excès de larmes ne résout rien, et peut même aggraver la gêne.
Les causes d’obstruction des voies lacrymales
Quand le larmoiement est de type obstructif, plusieurs causes sont possibles :
- une sténose (rétrécissement) du canal lacrymo-nasal, souvent liée à l’âge ;
- une malposition palpébrale (paupière qui se retourne vers l’intérieur ou l’extérieur), empêchant les points lacrymaux de bien capter les larmes ;
- des séquelles de traumatisme, d’infection ou de chirurgie ORL/sinusienne ;
- plus rarement, une origine congénitale, fréquente chez le nourrisson et le plus souvent résolutive spontanément avant l’âge d’un an.
Comment pose-t-on le diagnostic ?
L’examen ophtalmologique permet d’orienter le diagnostic : examen de la paupière et de sa position, recherche de signes de sécheresse oculaire, et si nécessaire, exploration des voies lacrymales (sondage, lavage) pour localiser précisément une éventuelle obstruction.
Quels traitements ?
La prise en charge dépend entièrement de la cause identifiée :
- en cas de sécheresse oculaire sous-jacente, le traitement vise avant tout à restaurer une bonne qualité du film lacrymal ;
- en cas de malposition palpébrale, une correction chirurgicale de la paupière peut suffire à rétablir un drainage normal ;
- en cas d’obstruction franche des voies lacrymales, une intervention appelée dacryocystorhinostomie (DCR) permet de créer une nouvelle communication entre le sac lacrymal et les fosses nasales, contournant ainsi l’obstacle. Il s’agit d’une chirurgie ambulatoire, réalisée par voie externe ou endonasale selon les cas.
Un symptôme à ne pas négliger
Au-delà de la gêne quotidienne (vision brouillée, irritation cutanée, macération des paupières), un larmoiement chronique non traité peut, dans certains cas, favoriser des infections récidivantes du sac lacrymal. Un avis spécialisé permet d’en identifier rapidement la cause et d’éviter que la situation ne s’installe.
Vos yeux pleurent sans raison ?
Un bilan complet permet de déterminer si votre larmoiement est lié à une sécheresse oculaire, une malposition palpébrale ou une obstruction des voies lacrymales — et d’orienter vers le traitement le plus adapté.